Des vacances sans enfants

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Partie 1 : Le Départ

Voilà, ça y est! Une semaine sur la route avec mon chum. Seuls. Les enfants sont avec Papie et Mamie. Fiston n’en a fait que peu de cas (Bye maman! Bye papa!), alors que j’ai vu dans l’attitude et sur le visage de mon Ado une certaine anxiété… Il y a 12 ans que je n’ai accompagné mon conjoint ainsi dans son travail; il est camionneur longue route. Donc oui, nous passons la majeure partie de nos semaines séparées. D’où mon expression de monoparentalité à temps partiel et le fait que ce soit moi qui gère le calendrier des divers rendez-vous.

Je l’avoue, c’est avec un brin d’anxiété que j’ai accepté l’offre de mes parents de prendre ainsi les garçons. Offre qui, ma foi, m’a un peu jetée par terre car je ne m’y attendais pas le moins du monde. J’ai peur de la réaction qu’aura Fiston à notre retour. Je crains ce qui peut se produire en mon absence car, il faut l’avouer, mon paternel maîtrise l’art de dire et/ou faire ce qu’il ne faut pas avec Fiston. Comme de le traiter de tête de cochon dans un moment d’opposition ou de rigidité. Hé oui, mon père a manqué le bateau quand le tact et la diplomatie sont passés par là. Et donc, les frictions abondent entre ces deux êtres qui partagent tant de traits caractériels similaires : impulsivité, opposition, rigidité… Mais ne le dites surtout pas à mon père, vous auriez droit à tout un discours…

Alors me voici donc assise dans le « cab » d’un Kenworth, mon lit (au 2ième!) étant fait, prêt pour cette première nuit. Première de 5-6 ou 7… Sur la route, on sait où on s’en va, mais pour le retour…

J’ai laissé mon cellulaire aux garçons afin de pouvoir faire des appels FaceTime. Mais j’ai bien pris soin qu’ils n’aient pas le code pour le débarrer pour éviter que Fiston n’insiste pour y jouer. Mon père a les clés de mon camion pour qu’ils puissent se déplacer car une Miata, ça n’a que deux places…

Et donc s’annonce pour moi un 5 à 7 jours de route sans enfants. De la route pour aller à notre petit coin de paradis l’été, j’ai l’habitude. Mais c’est en famille que nous y allons. De la route sans enfants, ça c’est une autre histoire. Pas de « Maman, quand est-ce qu’on arrive?… On est où là?… » Pas de raison de jeter un œil derrière pour voir ce qu’ils font, car derrière, il n’y a que nos lits, nos sacs, un frigo, une caisse d’eau…

Des vacances sans enfants pour la première fois en 12 ans. Des vacances sans enfants, pourquoi je trouve ça aussi stressant?

Partie 2 : Sur la Route

Disons que la première journée, très longue, s’est terminée par une note qui m’a bien fait sourire. Le garde frontalier américain qui demande à mon conjoint qui je suis et si je reviens avec lui. J’ai par la suite dit à mon chum qu’on aurait dû répondre « Oui, sinon y’a 2 garçons qui vont être aux abois! » Mais on aurait peut-être alors passé pas mal plus de temps à la frontière. Ils n’ont pas le sens de l’humour ces gens-là. Ah et pendant que j’y suis, sachez que la I-69 du Michigan n’a rien à envier aux routes québécoises en matière de détérioration…

À mesure que déroule la route sous les roues du camion, on dirait que je réapprends à être moi. Moi sans le maman qui s’y rattache. Je réapprends à apprécier ces silences entre moi et mon chum. Les discussions sont non-censurées par la présence d’oreilles trop fines. Le temps passe sans avoir à évaluer le potentiel de fatigabilité, de bougonnage, de frustration, de crise de la part de Fiston. Car être maman d’un enfant avec des besoins parfois particuliers, c’est ça. Les antennes déployées, toujours à l’affût du moindre signe qui laisserait présager que l’orage approche. Toujours prête à se mettre en mode solution, en mode tampon entre lui et le monde… J’adore mes garçons. Je donnerais ma vie pour eux, mais les moments semblables sur une période de plus de quelques heures sont tellement, tellement rares.

Le premier appel me fait craindre le pire. Fiston refuse de me parler.  Mamie a insisté pour lui laver le visage avec une débarbouillette. Il va avoir 10 ans, moi je le laisse se débrouiller. Peut-être qu’il oublie des racoins, peut-être même que parfois, il ne fait que tremper dans l’eau. Mais j’essaie de lui faire confiance et de le laisser faire la majeure partie du temps. Mais c’est là une part des choses que Mamie ne comprend pas : le laisser faire.

Sur la route, j’apprends à oublier que mon enfant est différent. Quand je pense à lui, il est Fiston, point à la ligne. Je pense à ses câlins et bisous du soir. Je souris en pensant à mon Ado qui me demande encore de le border le soir, même s’il est aussi grand que moi! Il y a même un moment où je suis franchement contente que les garçons n’aient pas été à ma place, car papa aurait eu de grosses explications à donner (il y a vraiment des gens qui n’ont aucune gêne…), car de l’aveu même de mon chum, en 20 ans, c’était vraiment la chose la plus intense qui lui soit arrivée…

Après la livraison, nous prenons un après-midi pour nous à flâner dans les rues du centre-ville de Nashville, Tennessee. La main dans la main, nous jouons les touristes, marchant à notre rythme, prenant le temps de découvrir, d’explorer. Ce soir-là, en attendant que le voyage du retour soit chargé, nous regardons le film « Mères Indignes ». Mesdames, ce film au langage cru m’aura fait réaliser une chose pourtant si évidente : nous sommes toutes des mères indignes. Nous ne savons pas tout. Nous commettons des erreurs. Nous apprenons au fur et à mesure. Et nous avons besoin de penser à nous aussi. Car quand on est mère, que nos enfants soient différents ou non, on a tendance à s’oublier. À mettre nos besoins de côté. C’est peut-être encore plus vrai quand nos enfants ont des besoins particuliers car les demandes sont incessantes : rendez-vous médicaux, rencontres avec l’équipe école, ergo, ortho, physio, etc.

J’ai eu le temps de mettre mon cerveau à off. De regarder défiler le paysage sans réfléchir, sans me soucier de quelqu’un d’autre. De faire de l’humour à 5 cennes avec mon chum… Nous avons ainsi créé la ligne directrice pour la campagne publicitaire d’un tout nouveau parfum : Moufette No. 36.

« Si Chanel No. 5 les attirent comme des mouches, Moufette No. 36 les fera fuir au galop! »

« Faites une entrée remarquée! Moufette No. 36, vous ne passerez pas inaperçu!… »

Après cinq jours de 11 heures de route, les blagues volent bas… et les mouffettes écrasées se suivent et puent toutes autant.

Partie 3 : Le Retour

Notre dernière nuit sans enfants aura lieu chez nous. Il est trop tard pour aller les chercher; il est plus de minuit quand nous terminons de rentrer nos choses. C’est tôt le lendemain matin que Fiston appelle pour nous dire qu’ils sont prêts pour qu’on passe les prendre! Visiblement, on s’ennuie finalement après six jours! Les câlins abondent. De même que les histoires rocambolesques de défi lancer par un grand frère à son cadet! Un retour dans une routine :

« As-tu pris ta médication? »

« Il faudrait manger quelque chose. »

« Bain ou douche : qui y va en premier? »

« Prenez vos pilules du dodo. »

Ces vacances sans enfants m’auront fait prendre conscience de mes propres angoisses, de ma propre anxiété. Elles m’auront aussi fait comprendre qu’il me faut faire confiance à mes enfants, encore plus que je ne peux le faire en ce moment. Faire confiance aux mécanismes que nous avons mis en place. Faire confiance en ce que nous leurs avons appris au fil des années. Et ne plus m’oublier.

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.