Coupable!

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Oui, coupable. Le juge vient de rendre sa sentence. Avec ses gros yeux noirs, il me regarde et me jauge. Je n’ai droit à aucun pardon, aucune absolution. « Madame, vous êtes condamnée au jugement impitoyable de la société pour au moins 20 ans! », vocifère-t-il.

« Vous ne serez pas épargnée, en plus de Monsieur et Madame Tout-le-monde, vous serez considérée et traitée en coupable, par tous, autant par les professionnels, les directions d’école que vos amis et les membres de votre famille », proclama-t-il.

J’étais anéantie. J’avais pourtant longuement plaidé les facteurs atténuants! Mon passé, mon intérêt pour la maternité proximale et l’éducation bienveillante, mon ardent désir d’être parfaite et de ne pas faire souffrir autrui…

Je suis coupable. J’ai commencé ma peine il y a déjà une dizaine d’années. Chaque jour, je fais face à mon jugement. Comme la servante écarlate, je porte mes ailes sur ma tête pour voiler mon regard. Je regarde le sol… Vos regards, vos chuchotements, je me suis habituée à ne plus les voir, ni les entendre. Je regarde mes enfants. Je pense à ce que ma vie aurait pu être si je n’avais pas obtenu cette sentence.

Non coupable… « La société devra réviser sa position et attester que vous n’êtes en rien responsable de la condition de vos enfants. Le véritable coupable est ce système incapable de soutenir les parents et plus particulièrement les mères. Le monde de l’éducation, celui du travail et même les proches sont coupables de n’offrir en rien les conditions facilitantes pour que tous aient les mêmes chances de s’épanouir. » Le rêve.

Mais, comme ce n’est pas le cas, je me suis habituée à prendre les devants, à expliquer que, malgré que je sois déclarée coupable, je n’ai d’autres choix que de continuer à défendre mes enfants pour qu’ils reçoivent le minimum de soutien nécessaire pour s’adapter et vivre leur vie sans le stigmate de la sentence de leur mère. Je sais que je l’aurais eu plus facile sans ce juge qui n’a rien compris à ma situation.

Ma situation de mère qui comprend trop tous les défis et toutes les subtilités difficiles du quotidien qu’ont à vivre mes enfants. Ma situation de mère qui veut seulement que ce monde construit par et pour un seul modèle accepte et comprenne les différences. Accepter et comprendre veut dire aussi adapter, soutenir.

Non à la double sentence des familles avec enfants différents. Juger leurs parents est déjà bien assez. Cessons de brimer les enfants.

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Je suis maman de deux fillettes nées en 2007 et 2009. Après avoir travaillé en journalisme, en relations de presse et au sein de différents organismes, j’ai décidé de rester à la maison au moment où ma fille aînée débutait la maternelle. J’étais épuisée par les difficultés des dernières années. Quatre ans plus tard, elle reçoit enfin un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) après un long et difficile parcours, incluant même un retrait scolaire. Aujourd’hui, je comprends que la lutte pour la reconnaissance de ses besoins continuera toujours... Et se dédoublera même : ma plus jeune, âgée de 8 ans, est atteinte de troubles anxieux sévères et est présentement en attente d’évaluation pour un TSA. Si je peux contribuer à donner une voix aux parents d’enfants différents à travers mes écrits, je serai ravie.