Ces larmes me feront couler

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« Arrête de me regarder! » Encore une réaction inattendue de ma fille, alors que je lui demandais si elle aimait l’activité qu’on faisait. « Parle-moi pas! J’t’écoute même pas! » Une autre. Dans un contexte plaisant, ça surprend.

Puis, quelques minutes plus tard, elle revient vers moi comme si rien n’était arrivé. Un câlin, un sourire. Ok elle sera ok. On pourra finir et quitter sans trop de chahut.

D’autre fois, j’aurai droit à un coup de poing au ventre. Ou aux résistances qui font que je doive tirer sur ses bras ou la prendre de force. Dans tous les cas, je passe pour la fautive. J’ai l’air de la mère qui abuse de sa force. Ou bien qui se laisse faire, qui se laisse battre.

Quand elle était petite, c’était quasiment drôle pour le monde autour. On se disait que la petite contrôlait maman! On se demandait ce qui avait bien pu provoquer cette montée de violence subite dans ce tout petit corps. Une si belle petite fille blonde aux yeux bleus qui se rue sur sa mère…

Avec l’âge, les attaques physiques se font plus discrètes. N’empêche que les « Parle pas. Tu m’énerves. Tu parles tout le temps. Je sais, t’as pas besoin de me le répéter. Tu comprends pas. Je te l’ai déjà expliqué. Tu m’écoutais pas. T’es méchante. » sont usants sur le moral venant du haut de sa préadolescence. Elle, si gentille devant les autres, si parfaite aux yeux de ceux gravitant autour d’elle.

Pourtant, elle est un véritable volcan qui ne peut se vider que devant ou sur sa mère : moi. Et moi, jamais je ne pensais devoir encaisser autant! Je suis forte, mais a-t-on besoin de ça pour être une maman?  Dois-je nécessairement faire l’expérience de tant de vacarme, de tant de larmes? Aurais-je du répit un jour? Aurais-je un temps pour me sortir la tête de l’eau?

Heureusement, mon enfant est capable d’amour. Oui, on s’aime. On s’aime beaucoup. On se fait les câlins les plus forts du monde. Tant de bisous qui me font espérer qu’elle s’apaisera un moment donné. Qu’elle fera une pause pour mon cœur blessé.

Dites-moi, dites-moi qu’elle se « placera ». Dites-moi, dites-moi qu’elle réalisera que ses émotions deviennent mes émotions. Dites-moi, dites-moi que je ne perdrai pas mon bébé.

Dites-moi, dites-moi, si un jour, mes larmes cesseront de couler.

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Je suis maman de deux fillettes nées en 2007 et 2009. Après avoir travaillé en journalisme, en relations de presse et au sein de différents organismes, j’ai décidé de rester à la maison au moment où ma fille aînée débutait la maternelle. J’étais épuisée par les difficultés des dernières années. Quatre ans plus tard, elle reçoit enfin un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) après un long et difficile parcours, incluant même un retrait scolaire. Aujourd’hui, je comprends que la lutte pour la reconnaissance de ses besoins continuera toujours... Et se dédoublera même : ma plus jeune, âgée de 8 ans, est atteinte de troubles anxieux sévères et est présentement en attente d’évaluation pour un TSA. Si je peux contribuer à donner une voix aux parents d’enfants différents à travers mes écrits, je serai ravie.