Apprendre ou exister

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Ne rien vouloir, ni espérer, juste être… Être au plus profond de soi! C’est difficile en ce moment! Vive la vie avec un enfant différent et un système qui ne répond pas à ses besoins! Un système qui devrait répondre aux besoins des enfants et non à des balises administratives! Je n’ai pas encore trouvé l’harmonie entre mon cœur de maman et ma tête! Et je commence à en avoir assez de m’endormir en pleurant…

Dans le fond, on me propose deux choix : permettre à mon fils d’exister ou bien d’apprendre.  Je sais dans mon cœur, et en fait je l’ai senti dans tout mon corps, qu’il serait très bien dans la classe de défis-multiples, mais ma tête, elle, me dit que ce n’est pas respecter son potentiel.  En fait, il doit être encore plus intelligent que je le pense, autrement il ne serait pas rendu là où il est rendu.  Si vous l’aviez vu chez l’ergothérapeute la semaine passée.  Ses difficultés étaient tellement frappantes que je ne sais pas comment il a fait pour arriver malgré tout à la bonne réponse et encore moins comment il s’est rendu en troisième année.  On voyait très bien les effets de sa dyspraxie, de la dyslexie probablement mélangés à de la dysphasie.

Et vous savez ce qui me fait le plus mal? C’est que la classe qui lui permettrait d’exister et d’apprendre en même temps, elle existe!  C’est une classe de langage.  Toutefois, il ne peut pas y avoir accès, car il n’a pas le diagnostic « officiel » de dysphasie (pas encore).  Et même s’il l’obtient, la dysphasie ne sera probablement pas jugée assez sévère pour avoir accès à la classe de langage.  Tout ça parce qu’il parle « trop » bien maintenant.

Quand il était plus petit, notre fils avait un retard de langage et nous, comme on voulait l’aider, on a payé des fortunes en thérapie, on l’a stimulé au max, on a fait un programme de neurostimulation…  Bref, on a tout fait!  Il a progressé, lentement, mais il y est arrivé.  Il y a encore des sons qu’il ne peut pas prononcer, mais il parle assez bien pour se faire comprendre.  Il aura mis plus d’un an pour apprendre à compter de 1 à 10 (il avait 4 ans) et à y associer les bons symboles mathématiques, mais il a fini par y arriver! Et là, il vient d’obtenir plus haut que la note de passage en maths dans son premier bulletin de troisième année et il n’est pas en modification en maths.

Aujourd’hui, je me sens coupable!  Coupable de l’avoir aidé autant, parce que si on ne l’avait pas aidé, il aurait droit à cette classe de langage, mais il ne serait pas là où il est…  Si je ne l’avais pas aidé, le système aurait été obligé de le prendre en charge, mais je l’ai aidé, alors on l’abandonne!

Ça, c’est notre beau système d’éducation!  Mon beau Jérémie, tu l’as dit toi-même : « Maman, on ne peut pas apprendre si on n’existe pas! »  Alors voilà, le choix est déchirant, mais il s’impose de lui-même.  À moins d’obtenir au plus tard en février (et oui c’est la date limite pour un changement en septembre prochain)  un diagnostic de dysphasie sévère, Jérémie fréquentera éventuellement la classe de défis-multiples.  Pas que c’est mal, il sera heureux, mais il n’y aura plus de mises en situation le fun, beaucoup moins de discussions de groupe, pas de sciences… ce qu’il adore! J’aimerais tellement qu’il puisse exister et apprendre en même temps!*

*Ce texte, je l’ai écrit le 7 décembre 2015.  Finalement nous n’avons pas accepté la classe de défis-multiples.  Nous avons appris que si nous acceptions cette classe, il y serait pour plus d’une année.  Nous avons choisi de pousser afin que l’école fasse une demande pour la classe de langage.  La demande a malheureusement été refusée, mais nous n’avons pas de regret d’avoir refusé la classe de défis-multiples.  Depuis ce temps, plusieurs intervenants au privé et du centre de réadaptation ont confirmé que nous avions pris la bonne décision!

 

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Maman de quatre enfants, qui par leur grande sensibilité, l’ont amenée à remettre en question tout ce qui semble acquis ou naturel pour la plupart des gens. Elle se dévoue pour que ses enfants restent connectés à cette essence profonde qui leur est propre. Deux de ses enfants ont reçu un diagnostic de dyslexie/dysorthographie. Pour l’un d’eux, s’ajoutent une dyspraxie verbale, un trouble de la coordination motrice et un profil mixte d’hypersensibilité et d’hyposensibilité. Enseignante au primaire depuis 2002, elle travaille maintenant exclusivement avec les enfants en difficulté d’apprentissage.