Où s’en va la société?

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Je suis demeurée très silencieuse ces derniers mois. Depuis le début de mon arrêt de travail en septembre. Depuis que mon corps m’a lâchée et ma tête capitulé. Depuis que mon fils a dû retourner en centre, faute de ressources.

J’essaie de prendre soin de moi. De me déculpabiliser. De me ressourcer. De me centrer sur mes besoins. De retrouver mon énergie. De m’entourer de positif. Je consulte une thérapeute, je dors 10 heures par nuit, j’essaie de faire de l’exercice.

Et j’évite. De lire les nouvelles, de regarder mon fil d’actualités, d’aller sur les réseaux sociaux. Mais je ne peux pas faire l’autruche indéfiniment. La réalité me rattrape. Les incendies en Australie, la menace d’une troisième guerre mondiale, le coronavirus en Chine. La planète se purge, elle nous envoie un signe.

Plus près de moi, de ma réalité d’enseignante et de mère de trois enfants, dont un à besoins particuliers, je m’inquiète. Les classes qui débordent, la pénurie d’enseignants-es, les négociations syndicales, le projet de loi 40, le fameux bâillon.

Et je m’interroge. Sur mon avenir et celui de mes enfants. Sur ma place au sein de cette société qui fout le camp, où l’éducation est dévalorisée, où la santé est malade, où chacun s’éteint à petit feu à force de se battre pour survivre.

Où s’en va la société? Quand arrêtera-t-elle de prendre les enfants et les plus démunis en otage au profit des mieux nantis? Quand comprendra-t-elle que l’éducation doit être au cœur de ses priorités? L’école est le fondement, le pilier de notre vie adulte. Où seriez-vous aujourd’hui, si vous n’étiez pas allés à l’école hier? Je ne parle pas ici de faire de hautes études, mais d’apprendre à lire, à écrire, à compter. Tout métier, toute profession passe par l’éducation, comment se fait-il que personne ne le réalise?

Moi qui ai toujours dit que j’avais la chance de faire le plus beau métier du monde. Moi qui allais travailler chaque matin, le cœur léger, le sourire aux lèvres, convaincue de faire une différence dans le parcours de mes élèves, je songe sérieusement aujourd’hui à changer de vocation. Afin de trouver un équilibre travail-famille-besoins particuliers, afin de préserver ma santé mentale et physique.

Tant que la société prendra cette direction, je m’en irai en sens opposé. J’ai donné 23 ans de ma vie pour cette profession, peut-être est-il déjà temps pour moi de décrocher?

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Enseignante en adaptation scolaire, spécialisée auprès de la clientèle vivant avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), je côtoie la différence au quotidien depuis plus de 20 ans. Mère monoparentale de 3 magnifiques enfants, un garçon et deux filles, le hasard (ou le destin) aura voulu que fiston naisse avec un trouble envahissant du développement non-spécifié (ancienne appellation pour le TSA). Un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), beaucoup d'opposition, d'anxiété et d'impulsivité se sont également manifestés chez lui au fil des années. Suite à un parcours et à une scolarisation difficiles, de récentes évaluations ont été poussées plus loin, dont un test génétique, où il apparaît que fiston est porteur du syndrome XXYY, en plus de deux nouveaux diagnostics de SGT et de dysphasie. En mai 2013, j'ai créé la page Facebook Aide à domicile afin de trouver un accompagnateur pour fiston lors de la période estivale. La page changera plus tard de vocation, pour devenir Enfants différents besoins différents qui se veut davantage un réseau de recherche et de partage d’informations pour les parents, intervenants et toutes personnes concernées par la différence de nos enfants. Ce site Web est donc l’aboutissement de ma page et a pour objectif de sensibiliser le plus grand nombre de gens possible face à la différence sous toutes ses formes.