La maladie mentale

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Ces derniers temps, j’ai vu circuler tout un tas de reportages ou articles, partagés sur les médias sociaux, qui  définissaient tous le TDAH comme étant une arnaque inventée par les grosses corporations de pharmaceutique afin de se remplir les poches. Et dans  les commentaires qui suivaient, beaucoup ajoutaient que la dépression non plus n’est pas réelle et plusieurs autres maladies mentales y étaient décrites comme un désir de la personne de faire pitié.

Jusqu’à récemment, je sautais dans ces débats à pieds joints, liens en poche, pour tenter de faire comprendre à ces personnes à quel point leur vision est erronée. Mais je n’ai plus cette force de me battre et d’argumenter avec des gens qui ne veulent tout simplement pas voir les faits, les preuves médicales et préfèrent croire des sources douteuses provenant de sites réputés pour publier des fausses ou des demi-vérités.

Entre les anti-vaccins qui ne veulent pas admettre qu’ils peuvent mettre en péril la santé de ceux qui ne peuvent médicalement pas recevoir de vaccins et les « moi-je-sais-tout » qui disent que les diagnostics de TDAH seraient éradiqués si les parents étaient plus fermes, certains allant jusqu’à dire qu’une bonne fessée réglerait le tout, j’ai compris que lorsque quelqu’un refuse d’accepter qu’il peut être dans l’erreur, j’aurai beau lui faire rencontrer le Stephen Hawkins du sujet, il aura encore et toujours raison et argumentera en ce sens inlassablement.

Jusqu’au jour où, peut-être, ces gens seront confrontés à la situation eux-mêmes. Ce jour où leur enfant leur dira qu’il ne peut se concentrer parce que tout le dérange, parce que ça tourne trop vite dans sa tête, parce que trop de pensées l’envahissent au même moment et qu’il se sent submergé par l’information. Jusqu’au jour où leur enfant leur criera sa détresse en hurlant qu’il veut mourir parce qu’il ne mérite pas de vivre, parce qu’il n’est qu’un gros con… Jusqu’au jour où leur enfant pleurera dans son oreiller parce qu’il n’a aucun ami, que personne ne veut jouer avec  lui… Jusqu’au jour où eux-mêmes se trouveront au fond d’un gouffre, où ils n’auront pas l’énergie de sortir du lit, de se doucher pendant des jours, de répondre au téléphone et aucun désir de voir qui que ce soit. Jusqu’au jour où ils seront confrontés à un sentiment si intense d’impuissance qu’ils ne pourront que s’effondrer dans la douche et pleurer tellement longtemps que l’eau du jet deviendra glacé.

Personne n’accepte de donner une médication à son enfant de gaieté de cœur. Personne n’a envie de voir son enfant étiqueté parce qu’il prend une médication. Est-ce que les cas de diagnostics erronés existent? Oui. Beaucoup de professeurs épuisés par le manque de ressources se tourneront vers ce possible diagnostic pour expliquer les échecs et difficultés d’un enfant. Plusieurs médecins ont la prescription facile sans pousser plus loin l’investigation. Et oui, il y a des parents mal informés, moins éduqués, qui accepteront sans demander plus d’explications et sans questionner un diagnostic bâclé.  Ces réalités, malheureusement, existent.  Mais parce que cette réalité existe, de remettre en doute des études médicales, scientifiques qui prouvent l’existence d’un trouble de santé mentale tel que le TDAH, la dépression, la bipolarité, et autres, est un incroyable désir de retour en arrière. C’est de stigmatiser des gens, des enfants et des parents qui n’ont pas choisi de voir ces troubles envahir leur quotidien. C’est de ne rien comprendre à l’impact du système hormonal humain sur le fonctionnement du cerveau.

Mais je n’ai plus l’énergie de me battre sur les réseaux sociaux pour tenter de faire comprendre à ceux qui ne veulent que juger sans comprendre. Je n’ai plus l’énergie de lire les réponses où, sans me connaitre, on me dit que si je passais plus de temps avec mes enfants, je réglerais le problème. Où sans me connaitre, on me traite de mère molle et non impliquée. Je n’ai plus l’énergie de décrire tout ce par quoi nous sommes passés. Je n’ai plus envie de justifier ce que je ne devrais pas avoir à justifier.

À ceux qui croient que les troubles de santé mentale ne sont que l’invention des grandes compagnies pharmaceutiques pour vendre des pilules et se remplir les poches, je vous souhaite bonne continuité et vous souhaite de ne jamais être confrontés à la remise en question de vos croyances. Car si ce jour arrive, la chute risque d’être longue et douloureuse.

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.