L’école a laissé tomber notre fille cette année

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Cette transition du primaire au secondaire, notre fille l’attendait depuis longtemps déjà. Elle avait hâte tout en appréhendant un peu. Quel enfant n’appréhende pas du tout ce gros changement? Nous avons fait des démarches dès la 5e année : visites des écoles secondaires de notre ville. Notre fille s’est pliée à deux examens d’entrée et une lettre à écrire à une troisième école. Elle a finalement été acceptée dans une concentration qu’elle était pour adorer : les arts plastiques. Elle qui a un talent artistique plus grand que le nôtre réuni, qui voit des choses dans des tableaux que nous peinons à comprendre, elle était vraiment très heureuse.

Avec les récents développements (et moins récents) dans sa vie, nous savions qu’elle avait besoin de voir l’école à l’avance, dans le calme, en dehors des portes ouvertes pour diminuer l’anxiété de la rentrée. Nous avons communiqué avec une directrice adjointe qui a été fantastique : elle nous a fait visiter l’école avec notre fille et tout de suite nous avons senti un lien se créer entre les deux. Elle a été à l’écoute de notre fille et ça a grandement joué sur l’entrée subséquente.

L’enseignante de 6e de notre fille a également joué un grand rôle dans cette préparation. Beaucoup de travail au niveau de l’estime, de l’organisation du travail à faire, elle a monté avec nous un plan d’intervention qui était subséquemment transmis à l’école secondaire en fin de primaire. Elle a également transmis des notes personnalisées pour expliquer qui est notre fille. Il faut dire que les rapports des neuropsychologues et des psychologues étaient également transmis de même que le plan d’intervention d’urgence pour la gestion du diabète.

Dès la rentrée, notre fille réussissait académiquement (généralement dans la moyenne ou plus). Elle s’est inscrite à un cours d’art martial en parascolaire, elle s’est fait de nouveaux amis. Nous étions rassurés, elle semblait bien et la transition, juste wow! Mais ce fût de courte durée.

Nous avons essayé durant des mois de rencontrer la direction (différente de la merveilleuse directrice que nous avions rencontrée avant l’entrée au secondaire). Sans succès. Notre fille a subi du harcèlement physique de la part d’une jeune fille et malgré nos communications avec l’école, malgré ses propres revendications, celles-ci ont à peine été prises au sérieux. Mais comment pourraient-ils le faire lorsque même le personnel use d’intimidation envers leurs jeunes? Notre fille a répété à maintes reprises que le bruit la dérange à un point tel que lorsqu’elle arrive à la maison elle ne peut plus du tout se concentrer sur ses devoirs, encore moins sur l’étude. Ses notes ont commencé à diminuer pour terminer l’année avec des résultats que nous ne lui avons jamais vus. Elle a eu accès à son plan d’intervention le mardi de sa dernière semaine d’examens alors que nous avons communiqué avec l’école à cet effet à des dizaines de reprises. Plan d’intervention qui a été fait par seule la directrice adjointe…  Heureusement que nous avons des gens autour de nous qui s’y connaissent plus en la matière que l’école elle-même; nous avons annoté celui-ci (changé complètement plutôt) et ce dernier fût remis à notre fille pour qu’elle ait accès à son un tiers de temps de plus lors des examens, tel que recommandé par le rapport en neuropsychologie.

L’école a laissé tomber notre fille cette année… mais elle nous a également laissé tomber en tant que parents. Réveillant papa plusieurs fois par semaine pour appliquer le soi-disant plan d’intervention d’urgence en ce qui concerne le diabète de notre fille (c’est drôle comme l’école primaire nous appelait une fois ou deux par année concernant la même maladie!), ne retournant pas nos appels ou nos courriels ou dans le cas contraire en prenant trop de temps pour le faire, le stress occasionné à toute notre famille par cette situation qui aurait pu être réglée dès le début de l’année, ce stress a usé notre famille et nous a fait mal.

Et pour ceux qui pensent que c’est à nous seuls de trouver des solutions, détrompez-vous. Pendant que l’école laissait tomber notre fille, nous avons redoublé d’efforts : plus de rendez-vous en endocrinologie, une série de treize cours avec le CRDI pour notre fille et neuf pour nous, une évaluation en orthophonie avec le CRDI et un suivi, des rendez-vous avec une audioprothésiste pour des bouchons sur mesure, des dizaines de courriels, des dizaines d’appels, des lectures pour elle et nous, le tout en travaillant à temps plein cinq jours par semaine, parfois plus.

L’école a laissé tomber notre fille cette année… mais nous, nous ne la laisserons pas tomber!

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Célyne Purcell est la maman de deux enfants à besoins particuliers, la belle et grande Laurie, 12 ans, et le joyeux petit Leo, 7 ans. Il y a quelques années maintenant, elle a quitté le travail pour effectuer un retour aux études. De cette manière, elle peut approfondir des sujets qui la passionnent tout en assumant une vie de famille trépidante et de nombreux rendez-vous! Engagée, elle a été une des membres fondatrice de l’organisme AVAC-Info et a siégé plusieurs années en tant que présidente de la Fondation Gamins, qui supporte le projet éducatif de l’école alternative des Petits-Explorateurs. Petites joies au quotidien, textes variés ou encore remplissage de milles et une paperasse : pour Celyne, l’écriture est salvatrice et l’accompagne au jour le jour. Elle permet de canaliser les émotions négatives, tout en sensibilisant les gens à une réalité toute autre, celle de la vie avec des enfants différents. Hyperactive, Célyne a toujours de nouveaux défis à relever et des projets plein la tête. Elle a notamment collaboré au recueil collectif « Naissances » (coord. Sophie Rondeau), où elle expose le récit de la naissance de Laurie. Elle a également participé au livre« Une autre césarienne ou un accouchement naturel… s’informer pour mieux décider », d’Hélène Vadeboncoeur, ouvrage dans lequel elle raconte l’AVAC qu’elle n’a pas eu à la naissance de Leo.